PER : ce que la déduction vous fait vraiment gagner
Verser sur un plan d’épargne retraite (PER) fait baisser votre impôt dès l’année du versement. Mais ce que le fisc ne prend pas aujourd’hui, il en reprend une partie à la sortie. Votre vrai gain dépend donc de deux taux : celui auquel vous déduisez, et celui auquel vous serez imposé à la retraite.
Le mécanisme : votre versement réduit votre revenu imposable
Les versements volontaires sur un PER sont, par principe, déductibles de votre revenu imposable, dans la limite d’un plafond. L’économie d’impôt se calcule simplement : montant versé multiplié par votre taux marginal d’imposition (TMI), tant que la déduction ne vous fait pas changer de tranche.
Avec une TMI de 30 %, 1 000 € versés allègent votre impôt d’environ 300 € ; avec une TMI de 41 %, d’environ 410 €. Un versement effectué en 2026 se déclare au printemps 2027, avec les revenus de 2026.
Une limite d’âge s’applique désormais : depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués à partir de votre 70e anniversaire ne sont plus déductibles (loi de finances pour 2026, art. 9).
Vos plafonds de déduction en 2026
Salariés et dirigeants assimilés salariés
Pour vos versements de 2026, le plafond est égal à 10 % de vos revenus d’activité de 2025, nets de frais professionnels, retenus dans la limite de huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) de 2025 (CGI, art. 163 quatervicies). Il ne peut être inférieur à 4 710 € ni supérieur à 37 680 €. Il est réduit de certaines sommes liées à votre employeur, comme l’abondement sur un PERECO ou les cotisations à un PER obligatoire.
Travailleurs non salariés
Les indépendants, professions libérales et gérants majoritaires de SARL disposent d’un plafond propre, déduit de leur bénéfice ou de leur rémunération (CGI, art. 154 bis) : 10 % du bénéfice retenu dans la limite de huit PASS, plus 15 % de la fraction comprise entre un et huit PASS. Avec le PASS 2026 de 48 060 €, ce plafond va de 4 806 € à 88 911 €.
Ce plafond spécifique ne se reporte pas d’une année sur l’autre. Un travailleur non salarié peut en revanche utiliser aussi le plafond de droit commun, diminué d’une partie de ce qu’il a déduit au titre de l’article 154 bis.
| Statut | Base de calcul | Minimum | Maximum |
|---|---|---|---|
| Salarié ou dirigeant assimilé salarié | Revenus d’activité 2025, PASS 2025 (47 100 €) | 4 710 € | 37 680 € |
| Travailleur non salarié | Bénéfice 2026, PASS 2026 (48 060 €) | 4 806 € | 88 911 € |
Report sur cinq ans et mutualisation dans le couple
La part de plafond que vous n’utilisez pas n’est pas perdue. La loi de finances pour 2026 a allongé le délai de report de trois à cinq ans : la fraction inutilisée des plafonds de 2026 et des années suivantes reste mobilisable pendant cinq ans. Pour les plafonds de 2024 et 2025, le délai reste de trois ans, soit jusqu’en 2027 et 2028. Les reliquats s’imputent du plus ancien au plus récent.
Si vous êtes marié ou pacsé et imposé en commun, vous pouvez aussi mutualiser vos plafonds : l’un peut utiliser la marge inutilisée de l’autre, sur demande dans la déclaration de revenus. Votre plafond disponible, reliquats compris, figure sur votre dernier avis d’impôt.
Pourquoi la déduction pèse peu à 0 % ou 11 %
À une TMI de 0 %, la déduction ne vous fait rien gagner. À 11 %, 1 000 € versés ne rapportent que 110 €, alors que l’argent reste en principe bloqué jusqu’à la retraite. Pour l’imposition des revenus de 2025, la tranche à 11 % s’arrête à 29 579 € de revenu imposable par part.
Surtout, l’impôt n’est que différé : à la sortie en capital, les versements déduits sont imposés au barème. Si vos revenus de retraite vous placent dans la même tranche, ou dans une tranche supérieure, vous rendez autant, voire plus, que ce que vous avez économisé.
Dans ce cas, l’option de non-déduction mérite d’être étudiée. Elle se choisit versement par versement, au plus tard au moment du versement, et elle est irrévocable (code monétaire et financier, art. L. 224-20). En contrepartie, la part du capital correspondant à ces versements sortira sans impôt sur le revenu ; seuls les gains seront imposés.
Ce que l’on vous reprend à la sortie
À l’échéance, en principe lors de votre départ à la retraite, vous choisissez entre un capital, versé en une fois ou de façon fractionnée, une rente viagère, ou une combinaison des deux (code monétaire et financier, art. L. 224-5).
- En capital, la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème de l’impôt sur le revenu, sans abattement de 10 % et sans prélèvements sociaux. Les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option globale pour le barème.
- En rente, la part issue de versements déduits est imposée comme une pension de retraite, après abattement de 10 %. Une fraction de la rente, qui dépend de votre âge au premier versement, supporte en plus les prélèvements sociaux.
Fractionner la sortie en capital sur plusieurs années peut permettre de lisser l’impôt. Gardez aussi en tête que la valeur de votre épargne dépend des supports choisis : investie en unités de compte, elle peut baisser.
Débloquer votre épargne avant la retraite
Le PER n’est pas totalement fermé avant l’échéance (code monétaire et financier, art. L. 224-4). Vous pouvez récupérer votre épargne en cas d’accident de la vie : décès de votre conjoint ou partenaire de Pacs, invalidité (la vôtre, celle d’un enfant, de votre conjoint ou partenaire), surendettement, fin de vos droits à l’assurance chômage, liquidation judiciaire de votre activité non salariée. Depuis le 14 juin 2026, l’affection grave, le handicap ou l’accident d’une particulière gravité d’un enfant à votre charge ouvre aussi ce droit. Dans ces situations, la somme débloquée échappe à l’impôt sur le revenu ; seuls les gains supportent les prélèvements sociaux.
L’achat de votre résidence principale permet aussi un déblocage, sauf pour les sommes issues de versements obligatoires d’entreprise. L’imposition est alors celle d’une sortie en capital à l’échéance.
Un exemple chiffré
Prenons deux épargnants qui versent sur un PER dans la limite de leur plafond, à barème inchangé.
Claire, dirigeante assimilée salariée, a une TMI de 41 %. Elle verse 10 000 € en 2026 : son impôt baisse de 4 100 €. À la retraite, avec une TMI de 30 %, la sortie en capital de ces 10 000 € lui coûtera 3 000 € d’impôt. Son avantage net atteint 1 100 €, auquel s’ajoute le rendement éventuel de l’épargne, qui n’est jamais acquis d’avance. Si sa TMI restait à 41 %, l’impôt serait seulement reporté.
Marc, en début de carrière, a une TMI de 11 %. Il verse 3 000 € et économise 330 €. Si, à la retraite, ses pensions et des revenus locatifs le placent dans la tranche à 30 %, la sortie de ces 3 000 € lui coûtera 900 € : la déduction lui aura fait perdre 570 €, hors gains. Pour lui, l’option de non-déduction ou un autre placement peut être plus adapté.
Pour faire le calcul avec vos propres chiffres, utilisez le simulateur PER. Pour aller plus loin, découvrez mon accompagnement en ingénierie retraite.
Questions fréquentes
Où trouver mon plafond de déduction disponible ?
Sur votre dernier avis d’impôt sur le revenu : il indique le plafond utilisable pour vos versements de l’année, reliquats des années précédentes compris. Si vous êtes travailleur non salarié, votre plafond spécifique se calcule en plus à partir de votre bénéfice.
Que deviennent mes versements après 70 ans ?
Ils restent possibles, mais ceux effectués depuis le 1er janvier 2026 à partir de votre 70e anniversaire ne sont plus déductibles. En contrepartie, lors d’une sortie en capital, la part correspondant à ces versements n’est pas imposée ; seuls les gains le sont.
Mon conjoint n’utilise pas son plafond : puis-je en profiter ?
Oui, si vous êtes mariés ou pacsés et soumis à une imposition commune. La mutualisation se demande sur la déclaration de revenus ; le plafond total du couple peut alors être utilisé par l’un ou l’autre.
Mon épargne est-elle à l’abri des baisses ?
Pas nécessairement. La valeur d’un PER dépend des supports choisis : les unités de compte exposées aux marchés financiers peuvent perdre de la valeur, y compris à l’approche de la retraite. Le niveau de risque doit correspondre à votre horizon et à votre capacité à supporter des pertes.
Pour aller plus loin
- Déclaration et suivi fiscal : décider de vos versements avant le 31 décembre, puis les déclarer dans les bonnes cases.
- Rémunération du dirigeant : le PER s’arbitre aussi avec le salaire, les dividendes et l’épargne salariale.
- Retraite du dirigeant : les cinq décisions qui font la différence, dont la rémunération des dernières années.
- Le PER individuel sur Service-public.fr : fonctionnement, déblocage anticipé, sortie.
Sources
- Code général des impôts, article 163 quatervicies
- Code général des impôts, article 154 bis
- Code général des impôts, article 163 quinvicies
- Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026
- Code monétaire et financier, article L. 224-4
- Arrêté du 22 décembre 2025 portant fixation du plafond de la sécurité sociale pour 2026
- Impôt sur le revenu - Cotisations d’épargne retraite (déduction) – Service-public.fr
- Plan d’épargne retraite (PER) - PER individuel – Service-public.fr
- BOI-ANNX-000513 – Synthèse du régime d’imposition des plans d’épargne retraite (PER) prévus à l’article L. 224-1 du code monétaire et financier
Article à visée pédagogique, à jour de la législation en vigueur au 11 octobre 2026. Il ne constitue pas un conseil personnalisé : chaque situation mérite une analyse propre.